Affiche illustrée signalant un dépôt de pommade de la veuve Farnier

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 Le chanoine d’Entraygues avait à son service Dominique Farnier et sa femme, née Gabrielle Theulier 8, tous deux originaires de Thiviers en Dor- dogne. Farnier l’aidait dans la préparation de la pommade et de ce fait en connaissait la composition, dont d’ailleurs M. d’Entraygues ne faisait pas mystère.

Le chanoine étant décédé, les consorts Farnier se mirent à tenir un hôtel meublé place Saint- André et cherchèrent une petite ressource dans le débit de la pommade, dont la renommée s’était largement répandue. Cet acte commercial motiva-t-il l’intervention des autorités ? Cela est vraisemblable et le 23 juillet 1764, le remède reçoit sa première consécration officielle. La Fourcade fils, maître en chirurgie et lieutenant du premier chirurgien du Roi à Bordeaux, « atteste les bons effets qu’en ont obtenu ceux qui l’ont employée ».Après des épisodes agités par des procès, l’histoire de la pommade fut moins mouvementée et se confondit pendant de longues années avec celle de la famille Theulier sur laquelle Sabatier a donné d’intéressants détails biographiques.

Le fils aîné de Jean Theulier, Jacques (1793-1878), tient de son père le sens des affaires et donne au commerce de la pommade une impulsion nouvelle, lui assurant une prospérité jamais atteinte. Lui aussi se préoccupe d’en faire confirmer le privilège et obtient, le 12 décembre 1820, le renouvellement par Louis XVIII de l’autorisation accordée treize ans auparavant par l’Empereur, renouvellement confirmé par une décision ministérielle du 7 février 1832. H veille également à éviter les contrefaçons, des arrêts des cours d’appel de Paris, Poitiers et Pau en 1825, 1841 et 1844 en témoignent. Malgré cette activité commerciale,- Jacques Theulier ne se désintéresse pas de ses compatriotes et se conforme aux traditions philanthropiques de la famille. ,

Son frère Jules (1795-1876) se consacre à la médecine ; petit neveu de la veuve Farnier, il n’est pas surprenant de le voir se spécialiser en oculis- tique et publier divers mémoires sur cet art. Véritable apôtre à la charité inlassable, sa bonté, ses soins éclairés et souvent gratuits lui ont mérité de son vivant le beau titre de « médecin des pauvres ». Une rue de Thiviers porte son nom et témoigne de la ferveur reconnaissante dont il fut l’objet.

Le troisième frère, Lorenzo (1798-1869), fin lettré, écrivain érudit et agronome distingué, ne joua, semble-t-il, qu’un rôle restreint dans l’histoire qui nous occupe.

Albert enfin (1840-1912), fils de Jules, est le dernier représentant de la dynastie Theulier. Docteur en médecine comme son père, il continue à gérer les intérêts de la pommade, mais se consacre surtout à l’administration municipale et à la politique, sa carrière étant couronnée par une élection à la deputation en 1881, confirmée par quatre réélections de 1885 à 1898. Mort sans enfant, Albert Theulier laissa la pommade à sa veuve qui s’en occupa pendant quelques années. Après son remariage avec le marquis de Meaulnes, elle la céda, le 22 avril 1924, à Maurice Réjou, pharmacien à Thiviers. Appartenant à une famille de pharmaciens (son père et son grand- père exercèrent dans la ville depuis 1832), praticien compétent et distingué, Maurice Réjou se rendit rapidement compte que — sans changer la nature des principes actifs, indiscutablement efficaces — un rajeunissement du vieux remède s’imposait.

En effet, la formule du chanoine d’Entraygues était toujours employée et la fabrication s’effectuait de façon artisanale avec le matériel du temps de Theulier. Le D* Pierre Réjou, fils de Maurice Réjou, nous en fait revivre les derniers instants : « Sa préparation coïncide avec mon enfance, où je tournais une grande roue en fonte, qui entraînait deux grosses meules de marbre et des couteaux en acier, assurant le malaxage du beurre avec les poudres. »

C’est précisément ce beurre — que l’on faisait venir de la Creuse — qui était la cause de bien des ennuis de conservation. Malgré son lavage à l’eau de roses, malgré les précautions prises par M. Réjou, il rancissait assez rapidement et la pommade perdait sa belle couleur saumon pour devenir gris- verdâtre. Afin d’obvier à cet inconvénient, M. Réjou choisit un excipient moins altérable et vers 1930 il substitua au beurre un mélange de lanoline et de vaseline, la formule de la pommade devenant alors :

Oxyde rouge de mercure 6,04 g

Acétate de plomb 5,02 g

Eau distillée de roses 5,00 g

Lanoline anhydre 5,00 g

Vaseline q.s.p. 100,00 g

C’est avec cette composition que le médicament fut enregistré le 28 août 1935 au Laboratoire national de contrôle des médicaments (n° 1350-1) et qu’il reçut son visa le 1″ septembre 1943 (n° 875-1004). La fabrication fut confiée à un façonnier, la Raffinerie de vaselines L. Basse, à Courton, près de Lon- gueville, en Seine-et-Marne, le conditionnement seul restant effectué à Thiviers. La présentation fut modernisée, et des tubes en aluminium, vernis intérieurement pour en éviter l’attaque par l’oxyde mercurique, logés dans un  étui de carton orangé et blanc (cf. pl. LXIII), se substituèrent aux petits pots de faïence blanche.

Ces diverses modifications furent très favorablement accueillies et entraînèrent un renouveau des ventes. L’Espagne, la Belgique, la Suisse, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Ile Maurice, les pays d’Amérique latine (Argentine, Chili, Colombie) figuraient notamment parmi les pays importateurs. Les ventes continuaient à s’effectuer aussi bien par le canal pharmaceutique (Pharmacie centrale de Belgique ; Eugène Pétraz, pharmacien à Genève ; Juan Martin, en Espagne ; etc.) que par l’intermédiaire des professions les plus diverses : cordonniers, coiffeurs, cabaretiers.

Mais cette nouvelle jeunesse de la pommade Farnier fut de courte durée, une succession de circonstances amenant rapidement son déclin : bouleversement de l’important marché avec l’Espagne par les événements de 1936, perturbation profonde des échanges internationaux au cours de la seconde guerre mondiale, apparition tôt après de collyres et de pommades antibiotiques, d’une spectaculaire efficacité thérapeutique, qui eurent rapidement les faveurs du corps médical et du grand public.

Après la mort de Maurice Réjou et la vente de son officine en 1952, la pommade resta la propriété de son fils. Il en continua la diffusion pendant un ou deux ans, assisté d’un pharmacien d’Angoulême, Mm* Lemasson. Puis, devant les difficultés administratives du renouvellement du visa, il se résolut avec regret à en cesser l’exploitation, interrompant ainsi la carrière d’une des plus anciennes spécialités.

Depuis les pauvres visités par M. d’Entraygues au XVIII siècle jusqu’aux pilotes de la Royal Air Force qui l’utilisèrent pendant la dernière guerre, la Pommade de la Veuve Farnier, au cours de sa longue histoire, a soulagé ou guéri des milliers de malades. Puissent les innombrables créations thérapeutiques des chimistes et des biologistes contemporains mériter dans deux siècles de tels titres de noblesse, même si elles n’obtiennent pas une aussi durable longévité.(Source de la S.H.P)

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Description

Affiche illustrée signalant un dépôt de pommade de la veuve Farnier de Saint-André de Bordeaux, contre les maladies des yeux et des paupières, autorisée par décret spécial, 1807, 1820, Louis XVIII,1832, Louis-Philippe.

Apothicaire , Pharmacie.

Apposée dans chaque officine étant distributrice du remède, timbre royal.

Rare document
affiche de 58 X 43 cm

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En excellent état, pas de déchirure, usure d’usage, montée en charnière sur un carton,  taches et traces de rouilles surtout dans les marges.
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